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Claude Chatron-Colliet vous invite à pénétrer l'univers de son roman...
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Alors que la lumière des étoiles pénétrait la voûte de pierre naturelle,
j’installai la houppelande sur le sol. Mes yeux se refermèrent sur le firmament.
Demain serait un jour nouveau et forcément meilleur.
Les
premiers rayons de soleil caressaient mon visage et je fus réveillé par le bruit
sourd de la cascade. Je cherchais à m’approprier quelques étoiles, mais je pus
juste distinguer les circonvolutions de mouches dans les lumineux rayons. Mes
yeux balayèrent la circonférence de la chambre de pierre. La caverne était
baignée de la lumière du jour et se laissait pénétrer du regard exposant au
candide une multitude de gravures rupestres. Quelle satisfaction ! Quelle
revanche ! Mes yeux ébahis se nourrissaient de la lecture des pierres. Je
laissais mes doigts parcourir et errer sur les saillies incisées dans la chair
calcaire des roches. Certains signes cabalistiques tout en creux et relief
m’étaient inconnus, tandis que d’autres plus géométriques évoquaient en moi les
œuvres de la Vallée des Merveilles. Surnaturel, création du monde secret et
mystique. La cavité se divisait en deux cercles inégaux.
La pièce
principale était dirigée la bouche ouverte sur le monde, tandis que
l’antichambre glacée, plus petite, ne laissait pas de place à la lumière du
jour.
J’en
tirais de folles déductions sur la puissance des courants qui avaient creusé en
tourbillonnant la roche calcaire. J’imaginais la violence, la force de création
de la grande pièce, puis l’épuisement du courant en se déplaçant vers
l’intérieur de la falaise. Enfin, la mise à nu de la falaise lorsque le fleuve
s’était retiré pour creuser son lit encore plus profondément dans la vallée,
laissant la place à l’air et aux hommes.
Je prenais
conscience d’une vénération naturelle et implicite pour la beauté, la force, la
ténacité que nous montre la nature pour façonner notre habitat, notre planète
bleue. Je pensais aussi que c’est cette même force qui habite l’homme et qui le
pousse toujours de l’avant.
Je
regardais la Vaïre, elle était au moins à 50mètres en dessous de moi, j’étais au
bord d’un précipice.
Ma
curiosité m’emmena à vouloir découvrir les lieux, ne pouvant rien discerner à
l’œil nu, je décidais de faire une torche d’une bougie. J’eusse alors aimé que
vous puissiez percevoir la beauté des œuvres animalières et humaines dessinées
au plafond de ce sanctuaire. Mon cœur s’emplit d’émotion en voyant apparaître
sur la voûte, à la lueur des bougies un superbe bestiaire dont plus personne ne
connaissait la signification.
Un ours,
un bison, un cheval, un renne, un homme, un enfant, une femme.
J’avais
appris par Francesca, que les artistes avaient obtenu ces couleurs en préparant
des pigments naturels : oxydes de fer, manganèse, argiles rouges, charbon de
bois qu’ils liaient avec de l’eau, riche en calcaire des grottes, de l’urine et
des graisses d’animaux.
Au-dessous
de chaque œuvre, étaient disposés en cercle de grosses pierres blanches et
polies dont le nombre était aussi de sept. Leur sommet disposait d’une
excavation susceptible de recevoir des lampes fonctionnant au suif.
Probablement que ce sanctuaire perché dans le vide servait les rites. Peut-être
y initiait-on l’enfant vers l’intégration à la collectivité par des épreuves et
des engagements. Si tel était le cas, une force surnaturelle m’avait attirée ici
pour que je pusse bénéficier du savoir des ancêtres, de la connaissance à propos
de la césure entre le monde des Dieux et celui des hommes, voués inéluctablement
à la mort, pour peu qu’encore ils pussent la choisir…
Dans
chaque nation, chaque peuple ; au travers de l’Histoire, des religions…, la
transmission du savoir s’est accomplie oralement par la culture, les us et les
coutumes, au travers de l’art et de son évolution vers l’écriture.
Ne
fallait-il pas être initiée pour se construire avant d’être un héros ?
Je
réalisais que ces œuvres faisaient entièrement partie de moi, de mon patrimoine.
C’est
la culture qui modèle l’homme, c’est au travers d’elle qu’il se construit et
qu’il véhicule à son tour l’expérience.
Cette
initiation ne commençait-elle pas pour moi, et pour tant d’autres, par la
maîtrise de la douleur et du deuil, la connaissance de soi et d’autrui, la
recherche fondamentale de la Vérité avant d’être réellement prêt à exécuter une
action libératoire sur le chemin de l’accomplissement de soi ? "
Extraits du chapitre XIV "Le secret de la grotte" - La Garon
A
suivre dans le roman La Garon
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