Correspondance 6 Version imprimable Suggérer par mail

Rencontre avec un auteur :

Sido nous a écrit ce texte :

" Le hasard de flâneries sur Internet permet de bien belles rencontres, celle de Claude Chatron-Colliet fut de celles là.

Un titre sur un Blog, deux mots, pour résumer une vision de la vie, une sensibilité : ‘les eaux vives ».

  La vie est au cœur des textes et poèmes de cet écrivain. La vie celle qui fait fleurir les roses de son jardin, celle qui grouille dans les eaux stagnantes du marais poitevin, la vie sous toute ses formes porté par l’espérance quels que puissent être les multiples rocs jalonnant le parcours de ces eaux dévalant en cascade, images de nos destinées. Poèmes, carnets intimes, pensées, tout est traversé par cette foi inébranlable en la nature humaine, en ses ressources d’humanité et de fraternité.

 Comme les papillons je me suis retrouvée à butiner d’une page à l’autre allant, venant, revenant, cherchant le meilleur de la fleur pour butiner encore. Et je suis restée longtemps enivrée par l’attraction des mots.

  Il se dégage de toutes ces lignes parcourues, relues, un plaisir renouvelé, une correspondance parfaite entre les choses vues et les sensations éprouvées. Les mots choisis, précis, recherchés dans un souci  non de pur formalisme, mais d’adéquation, riches d’évocation poétique, ou réaliste, enchantent le lecteur sensible au beau. Claude Chatron-Colliet nous fait rêver, nous entraîne dans un monde débarrassé de ses laideurs, car la laideur elle-même est transfigurée par le langage.

  Je voudrai donner un seul exemple de cette maîtrise merveilleuse du style au service des sensations, des sentiments ou du mouvement, « La ballerine », mise en mots du ballet «  Gisèle ».

Tout y est : la grâce, la légèreté, le mouvement, rendu par la multiplicité des verbes, le rythme saccadé des énumérations : 

« Et je m’envole légère, comme une plume, poussée par le zéphyr, chassée par l’ouragan, entrechats de soie caresses douces et lascives, petits pas de rats, petites pas de chats, tintinnabulants aux sons délicats et harpés de la source qui m’anime. Je vais de- ci, de- là, telle une gazelle, je vole sur la scène. Pas chassés, pas croisés, tourbillons, virevoltes, voltes vires, pirouettes, axels, j’existe enfin, Je vis, je vibre aux tempos musicaux, je vole jusqu’au ciel lactescent. »

L’expression des sentiments souffrance, bonheur, 

« Lancé, jeté, tendu, frappé ; lancé, jeté, tendu frappé ; et ce de plus en plus vite, de plus en plus fort, jusqu’à ce que de mon corps, je sois livrée, aux délices divin d’un amour insensé. »

« Je voudrais mourir et ne plus sentir, ce poignard brûlant qui vient de me transpercer. Dans une danse folle, je fouette le vent, cingle l’océan et d’un battement d’ailes mon âme papillonnant s’envole à jamais épuisée. »

« Merveilleuse et douce sensation d’abandon poudrée de soie, auréolée de mousseline blanche. »

  Au fil des mots qui épousent chaque pas on virevolte avec Giselle, on la suit dans ses efforts, dans sa douleur, dans sa joie. On sent son corps tendu, on sue la rosée qui perle sur sa peau, on est ivre avec elle…

 Certains passages pourraient de surcroît facilement devenir poème, sont poème. Une simple disposition visuelle changée et c’est une évidence poétique !

« Il vole et virevolte

Sans trouver le chemin de son égarement.
Il fait un écarté,

 Parfois une échappée

Mais jamais ne se soustrait aux âmes abandonnées.

 Prisonnier, il esquive d’une pirouette,

Se dérobe d’une enjambée,

Glisse et tombe…
Je n’en peux plus, mon petit cœur palpite.
Pas de rats, pas de chats,

Je sens mon cœur qui bat… »

Dans sa douleur, dans son ivresse.

Du grand art, de la poésie qui n’exclue pas une vision réaliste de notre monde et des idées généreuses pour l’aimer,  c’est ainsi que m’est apparu cet écrivain talentueux, cette femme sensible : Claude tout simplement.

  Avec amitié."

  N.N. dite Sido

 
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